dimanche 10 février 2019

Au secours : Du pinaillage aux désaccords, l'envers du décor d'une concertation qui se dirige vers l'inclusion







A la veille de la restitution de la concertation « ensemble pour l’école inclusive », tous ne sont pas d’accord sur les propos et le choix des orateurs. 

Des piaillements de chacun à l’agacement de Monsieur FONDIN,, nous sommes encore très loin de l’avancée vers l’inclusion.

J’ai volontairement retiré l’identité des personnes qui s’expriment ci-dessous afin de les préserver, sauf celle de Monsieur FONDIN qui est, à cette heure-ci encore, le 10 Février 2019 à 17h43 toujours en attente des travaux définitifs…

Visiblement collectifs, enseignants et AESH sont loin de l’union tant attendue pour l’issue de cette concertation.




« Le document transmis par le CCAF n'est pas un document final et n'a pas été discuté dans sa totalité par les membres du "focus groupe des accompagnants" dans le cadre des réunions de la concertation.
On y découvre des points qui n'ont pas du tout été évoqué et à ce titre, ils n'ont aucune raison d'être retenu dans le "livrable" du focus groupe.
C'est clairement un document siglé CCAF et non un document du focus groupe.
Ce document est une nouvelle version remaniée de l'annuaire des revendications du CCAF, s'inspirant d'un document émanant du collectif AESH France (qui l'ignore ? pas vous, pas moi), lui même ayant pour source un livret de revendications publié par un syndicat très connu.
Précision vaine car les revendications sont communes ?
Non, pas toutes !

D'ailleurs, la CCAF n'a pas été conviée en tant que telle à la concertation. Ce sont des collectifs la composant qui y siègent.
Et évidemment, ce document qui utilise à tort le terme de livrable n'est donc pas une source à prendre en considération pour le livrable du focus groupe. Je m'y opposerais. »


« je sens ton esprit taquin ;-) 

Vous savez ce que j’en pense de cet exercice demandé...pour moi c’était au secrétariat d’Etat de présenter ce que nous avions dit. 
A eux de présenter ce qu’ils ont retenu de ce que nous avons dit. Et ensuite à nous de les corriger.
C’est un exercice à partir duquel ils comptent bien nous diviser, ne nous leurrons pas. 
Il s’est passé la même chose dans le groupe « parents » : des associations se sont retirées de la concertation car pas d’accord entre elles sur la restitution, pilotée en sous-mains par le gvt.
Le combat n’est pas là et, compte tenu de leur surdité et leur cécité visuelle, même un PowerPoint n’y changera pas grand chose hélas. »

« Ok j'ai lu. Ça ressemble aux diaporamas qu'on nous présente en formation, non ?
Vous savez ces présentations trop remplies que personne ne lit sauf le conférencier qui lit chaque ligne,
une à une, et ça prend des plombes et rien de plus sans jamais s'écarter de ses vignettes, sans laisser la place à autre chose et qui finit par endormir l'assistance.

C'est bizarre parce qu'au collège, on conseille justement aux élèves à faire une présentation très dépouillée
avec juste les titres et les grandes lignes et quelques textes en appui
mais surtout pas une présentation complète et chargée comme si ils affichaient leur dossier.
Le diaporama est censé n'être qu'un support visuel. Mais c'est au collège.

Du coup, en voyant ce qui est proposé, je suis inquiet et perdu aussi.
Vous êtes sûr que c'est le format et le type de présentation souhaités ? »           


« Je suis vraiment désolé de pas être plus dispo pour faire des propositions concrètes et d'être juste critique mais la version longue est clairement inbuvable, même remis en forme pour souligner les points importants, on perds l'auditoire et faut une demi heure pour le présenter...

la version épurée l'est sans doute un peu trop, mais ça dépends de ce qui est dit en même temps...

bon... finalement en même temps que j'ai écris ce mail en parallèle j'ai bidouillé un peu... en pj ma proposition avec 2 animations en intro et en conclusion, une diapo de plus qui fait un constat et surtout un commentaire oral sur la façon de le présenter : à chaque phrase, à chaque point abordé, faire une commentaire, un exemple avec la diapo 3, la première phrase : expliquer un peu chaque mot, pourquoi bombarder, pourquoi abandonner, pourquoi incompris et pourquoi non désiré avec des petites anecdotes pour illustre (sans trop en dire, ya que 7 minutes^^).

et enfin en conclusion à l'oral rajouter que nous avons tout un liste de points pour améliorer que nous laisson à disposition de ceux qui le veulent mais que ça aurai été trop fastidieux d'énumérer, et reprendre la liste du ppt initial avec que les "point d'amélioration)

et faire un peu le show avant et aprés, que ça soit vivant comme présentation ;) »



« A aucun moment lors de la concertation il n'a été convenu que ce soit monsieur Toubal qui fasse la restitution le 11 février

Il s'est proposé mais nous devons prendre le temps d'en discuter tous ensemble

De toutes façons, pour vous, ça ne change rien : il y aura bel et bien une restitution faite par l'un d'entre nous le 11 février

Merci de nous laisser le temps de faire les choses bien et aussi de compléter notre document à l'aide de celui que vous nous transmettez seulement maintenant. 

Cordialement »




« Mesdames, Messieurs

Nous sommes sur une réunion de restitution aux ministres qui ne laisse aucune place à l’improvisation en terme d’organisation.

Pour le support commun détaillé pas de soucis pour le mettre en ligne quand il sera prêt (pas d’urgence).

L’animateur doit par contre se mettre en lien avec l’intervenant. Nous lui avons transmis le contact de Monsieur TOUBAL comme proposé lors de la réunion. Nous n’avons pas eu depuis lundi à part à l’instant d’éléments du groupe indiquant autre chose. Il n’est pas concevable que nous n’ayons pas le nom de l’accompagnant qui interviendra au moins par respect du travail de l’animateur.

Merci pour votre compréhension.

Patrice Fondin 
Conseiller Éducation, Formation, Enseignement Supérieur auprès de Sophie Cluzel,
Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre
chargée des Personnes handicapées
 »




« J'ai bien peur que notre focus groupe n'arrive pas à se mettre d'accord sur le choix du rapporteur.
L'option "2 rapporteurs" comme le propose Sébastien serait alors un bon compromis.
Et au final, par notre attitude, on se discrédite tout seuls comme des grands sans besoin de personne.
Dommage. »


« Perso je n’ai pas adhéré à ta dernière prestation que j’ai trouvée trop agressive.... 
Nous devons donner une image professionnelle de notre métier et je ne pense pas qu’il faille être incisif lundi. 
Les réseaux et la rue le sont suffisamment je pense qu’ils ont compris notre colère.

Lundi nous devons porter un projet, faire les constatations et faire des propositions.
Les interventions de la salle seront là pour les revendications...

Donc même s’il n’a pas 10 ans d’expériences dans ce métier, je lui fait confiance pour être convainquant.

Voilà mon avis... Même si je suis souvent d’accord avec tes interventions j’aimerai quelqu’un de plus neutre dans son discours ce jour là. »






« Bonjour.

Je reviens vers vous pour savoir ce que vous avez décidé si l'absence de Monsieur Toubal est confirmée.

Pour que votre intervention puisse être confirmée demain matin, j'ai besoin de savoir dès ce soir qui interviendra 7 mn et si l'intervention s'appuiera sur 3 ou 4 diapositives. 

Le calage technique (accueil de plus de 300 participants et accessibilité pour les personnes sourdes) ne me permettra pas d'intégrer la séquence demain matin ni en terme de calage avec l'animateur ni en terme d'intégration de la présentation.

Pas de soucis si la présentation détaillée arrive plus tard. Nous la mettrons en ligne à réception.

Je travaille jusqu'à 23h environ.

Il me paraît  important que la parole des accompagnants puisse être exprimée en échange avec les ministres.

Merci pour votre réponse et votre compréhension.

Bonne fin de week-end.

Patrice Fondin 
Conseiller Éducation, Formation, Enseignement Supérieur auprès de Sophie Cluzel,
Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre
chargée des Personnes handicapées
 »


Je demeure de plus en plus inquiète de l'issue définitive de cette concertation "Ensemble pour une école inclusive" compte tenu de l'ensemble de ces échanges qui démontrent parfaitement que rien à changer!!
Comment imaginer que les choses puissent ainsi évoluer??

Manuela SEGUINOT

samedi 9 février 2019

Un papa pas comme les autres....





De l’écriture du livre « Gabin sans limites » au spectacle « Le bal des pompiers », Laurent Savard nous livre avec humour le quotidien d’un parent d’enfant autiste. De l’échange avec la directrice d’école à la séance de psy, les situations les plus improbables y sont jouées avec brio.

Vous êtes le papa de Gabin, jeune ado autiste qui adore les rollers. Pouvez-vous nous décrire Gabin et votre relation père/fils ?

Gabin est une bombe d’énergie, depuis toujours. Un enfant adorable, peut-être un peu moins souriant avec l’adolescence, quoique – bon, c’est un ado – mais tout de même un très gentil garçon. C’est mon unique enfant donc je manque forcément d’objectivité à son égard, je l’aime bien évidemment très fort comme tout parent qui se respecte.

L’autisme est un terme effrayant aujourd’hui encore car il y a beaucoup de stigmatisations faites autour de ce handicap. Pouvez-vous nous parler de votre ressenti face au décalage des propos tenus et de la réalité du quotidien de ces enfants extra-ordinaires ?

Il y a surtout une méconnaissance de ce qu’est vraiment l’autisme et de la diversité du fameux spectre. On nous vend souvent de l’autisme sans troubles, de l’autisme sans handicap mais la réalité est tout autre dans 99% des cas, qu’on soit autiste sévère ou autiste Asperger. Sur le terrain, la vie d’une personne autiste est en effet tout sauf une vie de paillettes. C’est souvent la double peine. Un handicap à surmonter, à prendre en charge pour les familles – à vie quand l’autonomie est compliquée voire impossible – et le regard de la société. Surtout, on pense qu’une personne autiste est forcément en retrait, sans volonté de contact avec les autres … gros cliché, il faut au contraire donner un maximum de moyens pour permettre cette communication.

Comment en êtes-vous venu à l’écriture de ce très beau livre ? Puis à la conception de ce one-man-show extraordinaire ?

Je n’ai fait qu’utiliser mon petit métier d’humoriste et d’auteur. Peu de temps avant la naissance de Gabin, le Splendid avait ainsi produit ma première pièce, « Y a t-il un facho dans le frigo ? », j’avais aussi débuté une carrière dans le one-man-show classique depuis quelques années. Donc, quand Gabin  avait cinq-six ans, je me suis dit qu’il avait déjà trop subi le rejet et que, peut-être, on pouvait faire rire de ceux qui rient de lui. J’ai parlé de l’idée à plusieurs camarades comme mon pote Stéphane Guillon. Je semblais légitime. Mais je ne pouvais savoir que neuf ans après sa création, certes dans une version très différente – on fêtera les 10 ans en avril 2020 – je jouerais toujours le spectacle. Le livre est, lui, beaucoup plus récent. Depuis 2010, beaucoup d’éditeurs m’avaient contacté, j’ai pu prendre le temps de choisir le bon … et j’ai ainsi pu aborder le thème de l’adolescence. Surtout, après avoir fini d’écrire « Gabin sans limites » qui décrit les 14 premières années de Gabin, le livre m’a donné le vertige … que de choses vécues !

Lors d’une interview, vous évoquez avoir déscolarisé Gabin, pouvez-vous nous raconter pourquoi avez-vous pris cette décision ? Quelles alternatives à la scolarisation avez-vous pu trouver ?

Une prise en charge à la maison. Sa scolarisation devenait du saupoudrage d’école (rire jaune).

Beaucoup de parents sont confrontés aux affres des administrations telles que la MDPH afin d’obtenir l’accord pour une Auxiliaire de Vie Scolaire. Quelle a été votre propre expérience dans ce domaine ? Avez-vous le sentiment que les choses ont évoluées ?

Généralement, l’AVS – pardon AESH désormais - n’est jamais nommé(e) de suite. Surtout si c’est le dernier trimestre avant les vacances d’été.  Et quand l’AESH est qualifié(e), il ou elle ne reste jamais longtemps. Dans le bouquin je décris justement toutes les phases par lesquelles on est passé. Usant. J’espère que les choses ont évolué … mais, hélas, les évolutions semblent lentes.

Nombreux sont les parents qui font part de leur solitude face au quotidien et à l’accompagnement de leur enfant autiste. Partagez-vous ce sentiment ?

Oui, c’est un peu toujours « aide-toi, le ciel t’aidera ! » et plus l’autisme est sévère, plus les situations peuvent devenir dramatiques. Et ne parlons même pas de l’étape « adulte » car les enfants grandissent, si mes infos sont bonnes.

En tant que parent, qu’auriez-vous aimé trouver comme aide/accompagnement pour ce qui concerne la scolarité de Gabin ?

Une société qui ne détourne pas la fameuse devise « liberté, égalité, fraternité ». Ce n’est pas parce qu’on prône l’égalité qu’il faut faire la même chose pour tout le monde. Pour ceux qui peuvent moins ou pour qui c’est plus compliqué, il faut faire davantage. C’est cela la prise en compte du handicap dans un système vraiment égalitaire. La France ne l’a pas encore bien saisi, au contraire des pays nordiques, par exemple. C’est tout de même dingue de devoir expliquer ce que signifie la réalité du handicap, j’ai en fait de plus en plus de mal à comprendre mon propre pays, peut-être suis-je un étranger qui s’ignore. Gabin, lui, est considéré comme un intrus, pas de doute.

Votre situation illustre parfaitement les défaillances de l’Education Nationale et de notre société qui sont très en retard dans le domaine de l’inclusion des enfants porteurs de handicap. Pourtant, il y a eu des lois comme celles de 2005, avez-vous la sensation que nous allons réellement vers une école inclusive ?


Pas gagné. Pour nous vendre l’école inclusive, dans l’autisme par exemple, on prend toujours les meilleurs élèves, jamais des autistes sévères. Et la sévérité de l’autisme n’est pas un mythe pour un bon tiers des enfants autistes devenus ados, et ce malgré une bonne prise en charge. Ce constat est vrai pour tous les handicaps. L’inclusion est effective dès lors qu’on peut fondre dans le moule républicain l’enfant en question. Si trop d’adaptations à faire, de l’espace, de la pédagogie, etc… hum, comment dire, l’école c’est pas toujours cool. Heureusement, de plus en plus d’enseignants s’indignent de l’attitude de certains collègues qui disent comme ma chère Marie-George – la directrice d’école maternelle de Gabin – qu’ils n’ont « pas commencé ce métier pour s’occuper d’enfants handicapés ». J’en connais même qui achètent mon bouquin pour le laisser traîner en salle des profs et ainsi susciter le débat. Ma petite fierté est aussi qu’en juin 2017, il a été sujet d’exam’ dans des Master pour devenir professeur d’école. Donc, bon gré mal gré, les choses évoluent.

Vous continuez votre voyage à travers les régions, comment vous sentez-vous et que ressentez-vous après une représentation ?

Je me sens bien, très bien, même si mon genou droit n’est pas au top. Le fait de ne plus avoir 30 ans depuis quelques années et, peut-être, de suivre tous les jours Gabin en patinette – je n’ai vraiment pas son niveau à rollers -,font que j’ai une petite « grosse » chrondopathie rotulienne articulaire … grade 3 !  Mais j’ai une patinette électrique depuis Noël … sauvé ! Plus sérieusement, après chaque représentation, je n’en reviens toujours pas qu’autant de parents, de personnes se retrouvent dans notre histoire… des Gabin, il y en a partout en France et au-delà ! Ces personnes ne sont d’ailleurs pas toujours directement concernées par le handicap. En fait, la moindre différence, que ce soit la couleur de peau, l’orientation sexuelle, etc… pose problème en France. ET comme on peut parfois cumuler, là, il faut savoir se blinder ! Surtout, ce spectacle, je n’oublie jamais que je le joue par et pour Gabin.


Quels conseils pourriez-vous donner à tous les parents qui liront notre entretien pour qu’ils puissent trouver, comme vous, une manière d’évacuer les souffrances subies très souvent du fait d’une méconnaissance et des préjugés sur l’autisme ?


L’humour c’est plutôt pas mal au quotidien même si on ne rit jamais sur l’instant, c’est toujours après, avec le recul, qu’on peut rire de tout ce que nous vivons, de ce que peut subir notre enfant. Surtout, être fier de son enfant, qu’il ne parle pas ou qu’il parle 15 langues, on s’en fout, faisons le maximum pour lui, sans limites ! C’est un combat à vie alors autant garder le sourire, non ?


Comment va Gabin aujourd’hui ? Quel est son quotidien ?

Il va toujours bien … sauf quand il ne peut pas sortir à rollers. On essaie qu’il soit le plus autonome possible et, surtout, le mieux possible dans ses bas… pardon, dans ses rollers. Une prise en charge qui allie à la fois sport, « cognitif » et recherche de l’autonomie, donc. Et je n’ai plus qu’un petit centimètre de marge avant qu’il ne me dépasse !

Avez-vous des projets en cours ? Livres, spectacles…. ?

Ouh la, oui. Trop (fou rire) ! On me demande déjà la suite de « Gabin sans limites » mais laissons Gabin grandir. Pas impossible qu’on voit aussi un jour son histoire belle et tourmentée sur les écrans, j’aurai ainsi bouclé la boucle, « spectacle, livre, film ». En parallèle je compte aussi m’atteler à d’autres projets artistiques, sans rapport avec le handicap ou l’autisme. D’autres causes m’animent comme l’antiracisme. La situation politique actuelle m’inquiète quelque peu. Je pense également ne pas avoir encore montré ce que je pouvais produire en tant qu’auteur … en espérant qu’aucun humoriste ne me repique mes textes ! Mais, bien entendu, je me battrai toujours pour Gabin et même dans trente ans, si on me demande de jouer « le bal des pompiers », comptez sur moi !

Propos reccueillis par Manuela SEGUINOT

Le bal des Pompiers : https://vimeo.com/147127195

Laurent SAVARD : http://laurentsavard.com/




Pour la liberté, pas de pitié !!


Pour les enfants,
Ne perdons pas de temps

Il y a plein de choses  faire,
Et on ne doit pas se taire !!!

Parce que la liberté d'expression,
N'est pas une résolution

Il ne faut pas parler de la sexualité,
Car ça peut choquer

Mais aussi faire peur,
Cherchez l'erreur...

Aux âmes sensibles,
Qui ne sont pas crédibles

Le handicap,
Passe à la trappe

Les professionnels, 
A la poubelle

Et les parents,
Ne sont pas intéressants

Parce que trop parler,
Peut déstabiliser

Les petits malins,
Qui passent leur chemin

Dès qu'il faut affronter,
La réalité

Nous devons nous exprimer,
Sans avoir à nous soucier

Des opinions de chacun,
Qui ne changeront pas notre quotidien

Parce qu'aujourd'hui dans notre société,
On doit se battre pour notre liberté

Et pour le respect,
Ça manque de progrès...

Manuela SEGUINOT


dimanche 3 février 2019

Les grands perdants de la concertation « ensemble pour l’école inclusive »


 



Depuis le 22 Octobre 2018, une concertation pour l’école inclusive a été lancée par J.M Blanquer et S.Cluzel. J’ai attendu longuement, désespérément, que soit évoqué les problématiques rencontrés au sein d’instituts tels que les Instituts Médico Educatifs (IME) qui, n’accueillent que des enfants en situation de handicap. N’y a-t-il que les écoles pour accueillir les enfants en situation de handicap ? Il serait sans doute préférable d’élargir rapidement le champ de vision de toutes ces personnes portant des œillères.

Les IME ont pour mission d’accueillir des enfants et adolescents handicapés atteints de déficience intellectuelle quel que soit le degré de leur déficience.

Leur objectif est de dispenser une éducation et un enseignement spécialisé prenant en compte les aspects psychologiques et psychopathologiques et recourant à des techniques de rééducation. Ils regroupent ce que l’on désignait auparavant et de façon distincte les "Instituts Médico-Pédagogiques" (IMP) et "Instituts Médico-Professionnels"(IMPro).
Ils sont spécialisés selon le degré et le type de handicap pris en charge. En effet, la déficience intellectuelle peut s’accompagner de différents troubles, tels que des troubles de la personnalité, des troubles moteurs et sensoriels, des troubles de la communication…
Les IME sont financés par l’Assurance Maladie en tenant compte du prix de journée suite à un agrément de l’ARS (Agence Régionale de Santé), dans le cadre de la loi du 2 janvier 2002.
Les difficultés rencontrées sont semblables à celles de l’Education Nationale, à la différence près que nous accueillons que des enfants porteurs de handicap. Le personnel est peu ou pas formé, diplômé ou non, l’accompagnement est parfois inadapté du fait des troubles de l’enfant. Les réorientations étant très longues et complexes, certains enfants restent de longues années sans place dans une structure adapté. C’est donc par dépit qu’il reste en IME.
De plus, les enfants sur liste d’attente sont très nombreux, faute de place. Là encore, il y a un décalage non négligeable entre les enfants occupants une place de façon inadapté et ceux sur liste d’attente. Ne faudrait-il pas que questionner, réfléchir avec tous les partenaires concernés pour que cela ne se produise pas ?
Pour ce qui est du personnel, dans l’IME où j’exerce il y a une enseignante spécialisée pour près de 60 enfants. Ce qui revient approximativement à une prise en charge moyenne de 35 minutes par semaine et par enfant. Est-ce vraiment suffisant et adapté ? La plupart des éducateurs organisent en plus des ateliers « pré-scolaire » pour pallier aux besoins éducatifs des enfants. N’y a-t-il pas une raison ?
Le turn-over des salariés est incroyable. Les valeurs et convictions de chacun sont mis à rudes épreuves. Certain préfère démissionner pour ne pas sombrer davantage sans même avoir de solution. Ils acceptent donc de se retrouver dans une situation financière et personnelle très précaire ne se retrouvant plus dans la manière de devoir accompagner ces enfants porteurs de handicap.
Je trouve parfaitement inadmissible que ne soit pas évoqué la réalité de terrain de ces institutions en grande souffrance. Pourquoi ? Je ne me tairais pas !! Enfants, familles et professionnels doivent aussi être entendus. Ce n’est pas parce qu’ils sont dans un Institut Médico Educatif que tout va bien. Ouvrez les yeux !! Venez voir les conditions d’accueil et de travail. Posez des questions aux professionnels, recueillez les propos des familles et de certains enfants qui sont en mesure d’y répondre.
J’aime mon métier, j’ai la chance inouïe d’exercer auprès de ces enfants extra-ordinaires mais je me refuse de rester inactive face à cette injustice qui pour moi n’est pas légitime. Nous devons échanger sur ce sujet certes délicat, complexe mais essentiel pour que tous les acteurs concernés par « l’école inclusive » soient entendus.
Il ne doit pas y avoir de perdant dans cette bataille pour une société inclusive. J’ai l’amer sentiment que les AVS/AESH et les enseignants ont plus de poids que des éducateurs jeunes enfants, éducateurs spécialisés, Aide Médico-Psychologique, éducateurs techniques, POURQUOI ? Quelle en est la légitimité ? N’ont-ils pas à échelle différente le même rôle, les mêmes valeurs ou convictions ? N’ont-ils pas droit d’évoquer la pénibilité de leur quotidien ?

Manuela SEGUINOT

vendredi 1 février 2019

Des préjugés à la réalité du terrain...






J’ai eu la chance de pouvoir échanger avec Peggy Rolland que j’ai découvert à travers le film/documentaire « Un jour ça ira » d’Edouard et Stanislas Zambeaux.

Ce documentaire m’a profondément touché, le sujet de la précarité et de l’inclusion de toutes ces familles avec enfants en difficultés est un sujet sociétal intemporel. Certes, il y a eu des évolutions mais qui sont très loin d’être suffisantes.

Pouvez-vous nous parler de la naissance de ce projet L’ARCHIPEL ?

Bien sûr, mais je vais commencer par l’historique du lieu. En 2015, l’Association Aurore, qui est une grosse association gérant une grande partie du logement d’urgence provenant du 115 sur la région Parisienne, récupère la gestion des locaux de l’INPI* (Institut National de la Propriété Industrielle) qui a déménagé. Ce sont près de 5000 m2 situés tout près de la place de Clichy.

Le projet de réhabilitation du site est pris en charge par la Ville de Paris mais le délai pour la mise en place de ce projet est de plusieurs années.

Aurore a donc voulu faire de cet endroit un lieu « d’innovation sociale » avec un centre d’hébergement d’urgence pouvant accueillir jusqu’à 220 personnes et des activités à destination des habitants du quartier afin de mélanger les publics.

Des concerts, des séminaires, des brunchs, un espace de coworking ont été mis en place dans le but de toucher un maximum de personnes environnantes.

J’ai été associée à ce projet par le plus grand des hasards. Une de mes connaissances en charge de ce projet m’a fait part du déficit de prise en charge des adolescents accueillis. Ils sont bien souvent seuls, livrés à eux-mêmes. J’ai eu envie de voir ce qui était envisageable.

C’est une activité tout à fait bénévole de ma part. Elle  a duré 1 ans et demi. Il m’a fallu beaucoup de temps pour débloquer la parole de ces jeunes, environ 8/9 mois. Leurs difficultés scolaires, leur rapport difficile à l’écrit ont été des freins pour la production de textes mais nous y sommes parvenus !!

Malgré tout, le grand luxe de ce projet est que j’ai eu le temps de nouer une relation avec eux et de travailler en profondeur. Ces adolescents entrent dans une période de prise d’autonomie, ils n’ont pas d’espace à eux. Ils doivent partager leur intimité dans une petite pièce avec leurs parents, leurs frères et sœurs. Avec l’atelier, nous créions un espace qui permettait 1h par semaine d’être dans leur bulle personnelle.

Quel lien avez-vous établi avec ces adolescents ?

Au cours des ateliers, on apprend à se connaître, à s’apprivoiser… Ce sont des enfants qui sont toujours présents et, lorsque j’ai dû m’absenter, à mon retour les questionnements étaient nombreux. Ils ont vraiment besoin d’être rassurés et accompagnés.

L’annonce de la fermeture du lieu, qui s’est faite plus rapidement que prévu, a vraiment été difficile pour toutes ces personnes. Ils formaient une famille.  Très souvent leur parcours est chaotique et il n’y a pas de suivi sur le long terme ce qui est vraiment préjudiciable.

Petite anecdote : Un jour, la salle dans laquelle je donnais mes ateliers avait été ravagée car laissée en libre accès. J’étais très en colère, découragée, je me suis dit que tout ce que l’on mettait en place était détruit en un rien de temps.

Les jeunes ont senti mon découragement du moment et m’ont demandé si j’allais arrêter l’atelier. J’ai alors perçu l’attachement qu’ils y portaient. Ce qui m’a donné la force de reprendre courage.

La réalité sur le terrain :

Il faut savoir que ce sont des enfants qui cachent leur vie par crainte d’être jugés, exclus…Ils ne reçoivent jamais leurs camarades de classe. Une fois rentrés au centre, la solitude s’installe. 

Certains enfants ont de plus de grands trajets à effectuer jusqu’à leur école. En effet, certaines  mairies ne jouent pas le jeu de les scolariser en exigeant des justificatifs de domicile que ces familles ne sont pas en mesure de produire. Les familles sont donc contraintes à de longs trajets dans Paris, voire au-delà du périphérique.  

Certaines personnes peuvent rester très longtemps dans les dispositifs d’urgence. J’ai rencontré une famille de six personnes qui sont restés près de deux ans dans le centre, faute de logements sociaux accessibles.

 Il y a une très forte demande de logement social à Paris, bien plus importante que les moyens existants. Les capacités des centres d’hébergement d’urgence saturent de ce fait. Ce qui devrait être une solution très provisoire devient malheureusement pérenne.

Contrairement aux préjugés, il y a parmi les familles hébergées beaucoup d’entre elles qui sont en situation régulière, avec des permis de séjour et des emplois. 

Seulement, ces personnes travaillent pour un salaire de misère, ils sont à la fois victimes de leur précarité et des difficultés locatives propres à la région parisienne. 

Contrairement à ce qui a pu être demandé aux Associations par le biais d’une directive heureusement laissée lettre morte, il n’y a pas de tri à faire dans la situation administrative des personnes secourues.

 D’un point de vue déontologique, c’est absolument inadmissible. Toutes les personnes dans la rue doivent être prises en charge du mieux possible, qu’elles soient en situation régulière, irrégulière, demandeuses d’asile….

Quand on n’est pas confrontés à toutes ces difficultés, on ne répond que par des chiffres, des idées générales, ce qui ne fait pas avancer les choses. La réalité de terrain est tellement différente, elle mérite qu’on voie l’humain qui se cache derrière …


Pouvez-vous nous parler de votre association « Fausse Note » dont vous êtes l’initiatrice ?

Nous sommes un collectif d’artistes : Auteurs, compositeurs, chanteurs. Nous intervenons auprès de personnes isolées au sein des écoles, des hôpitaux, des EHPAD mais aussi en milieu carcéral.

La chanson a un énorme potentiel pour livrer son histoire et transmettre ses émotions. Les regards et la reconnaissance extérieure sont très valorisants.

La restitution d’une chanson est le moment que je trouve le plus révélateur. Dans mon travail, je m’efforce de rester au plus près de la parole de départ qui m’a été confiée pour écrire une chanson.

Pour revenir au documentaire Un Jour ça ira, Milana, jeune fille que j’essaye de pousser au maximum pour qu’elle se livre enfin à l’exercice d’écriture est en grande difficulté. Cela dure longtemps mais un jour, au cours d’une soirée, je l’observe danser avec les longues tresses africaines que lui ont faites ses amies.

Ça a été un déclic pour moi et pour elle. Est née de cette soirée une chanson sur l’amitié « Sœurs de sang » (Album Invisibles de Peggy Rolland). Ce fut un moment magique, on a mis le doigt là où il fallait. Elle s’est très vite approprié cette chanson et lorsqu’elle l’interprétait on sentait qu’il s’agissait bien de son histoire qu’elle racontait à travers le chant.

« Les balades enchantées » sont un peu notre vitrine. Nous organisons sur la période de Mars à Octobre de mini concerts sur des parcours urbains d’un kilomètre. Nous donnons carte blanche aux artistes. L’objectif étant de les faire découvrir à un public qui ne les connaît pas et de faire redécouvrir des lieux parfois oubliés ou qu’on oublie simplement de regarder.

Nos prochaines dates sont :

-          Le 15 Mars 2019 à 17 h. Lieu de rencontre :  à la gare de Colombes avec le groupe « Pur-Sang ».

-          Le 24 Mars 2019 à 15h. A Colombes avec le chanteur  « Guilhem Valayé »

Je tiens à souligner que la profession d’artiste est très difficile. Les intermittents sont très peu reconnus et sont dans des situations de grande précarité. 

Notre objectif avec Fausse Note est de les accompagner et de leur donner de nouvelles perspectives professionnelles leur permettant d’utiliser toute leur palette de savoir-faire. 

Difficile pour une structure associative très jeune et en pleine construction de faire le poids face à des poids-lourds de l’associatif. De plus en plus, nous collaborons avec des structures associatives plus importantes afin d’augmenter notre visibilité. 

Notre objectif est de garantir une rémunération systématique pour nos intervenants, à la hauteur de la qualité de leur travail. Les chanteurs ont une fonction et un lien social très important, indispensable.

Pourquoi avoir choisi d’intervenir dans le milieu carcéral qui est, quelque peu différent des structures éducatives, médicales et sociales où vous intervenez également ?

J’interviens à la maison d’arrêt de Villepinte avec trois autres artistes de notre collectif. C’est une volonté de ma part depuis de longues années.

Ce sont des populations victimes de la ségrégation de la société. Pour autant, l’accès à la culture est un droit malgré le discours ambiant concernant les détenus. Cela peut ouvrir de nouvelles perspectives à des personnes qui vont devoir trouver une nouvelle place dans la société.

J’ai donc contacté le SPIP, service de réinsertion et proposé un projet, financé par la maison d’arrêt et la SACEM. 
Nous intervenons au sein d’une unité pilote, le module du respect, où les détenus ont la possibilité d’aller et venir dans l’enceinte de leur unité à condition de suivre des ateliers, des formations ou de travailler. 
C’est une situation gagnant-gagnant et le projet que nous avons commencé en décembre est déjà très riche !  


Je suis ravie d’avoir pu m’entretenir avec Peggy qui est une artiste extraordinaire. Je vous invite à découvrir l’album « Invisibles » qui est incroyable. Elle agit avec conviction et bienveillance ce qui est indispensable pour intervenir auprès de public en difficulté. Les actions menées sont louables et méritent d’être évoquées. Il y a encore beaucoup de choses à faire pour que nous puissions vivre dans une société inclusive mais « les petites rivières font les grands fleuves ». Le projet Archipel en est l’exemple même tout comme l’association fausse Note.

« Un jour ça ira » :  https://fr-fr.facebook.com/UnJourCaIra/


Fausse Note :  https://faussenote.com/  
https://faussenote.com/les-balades-enchantees/


                                                


Propos recueillis par Manuela SEGUINOT